10.05.2008

Exister.

Sitôt la porte entendue claquer ce matin et je me lève, descend, chantonne en faisant bouillir le reste du pho, allume la télé, déplie la table basse. Respire. Il sont partis pendant deux jours et comme à la moindre de leur escapade je suis prise d'une bouffée d'air frais, plus encore que revivre, je vis, comme pour la première fois, je me découvre dans un espace où il n'y a plus en gros cette pancarte : ne pas toucher. A 18h j'ai déplacé la table et ouvert la fenêtre qui donne sur le balcon, télé, oiseaux et cours sur les genoux, je me sens chez moi, un peu. Un peu. Toujours cette limite qu'on ose pas approcher, toujours cette demi-teinte qu'on s'efforce de garder, deux petits jours c'est peu, pour que ce ne soit pas trop dur, parce qu'on oublie pas que ce sont deux petits jours, même avec la force qu'on y met.

Je ne pense pas que partie ils me manqueront. Le vide et le morbide ne semblent pas être des choses qui manquent.

J'aurais bien invité quelques amis, fumé quelques cigarette et brûlé des bougies à la rose, mais deux jours, ce n'est pas assez pour effacer des traces de vie.

Ils rentreront et tout sera dans l'ordre. Si la poussière elle-même ne pouvait pas bouger...

Encore trois petits mois d'étouffement. Théoriquement.

09.05.2008

Bilan.

Je me suis simplement trompé de personnes. J'ai pas été méfiante envers les bonnes. J'ai pas été sur la défensive avec les bonnes. J'ai encaissé chez moi et creusé un fossé avec le reste du monde dehors, m'enfermant psychologiquement dans une prison dont ils avaient pris soin de m'inculquer les plans. Oublier me disait-on. Mais comment croire à quelque chose qui n'avait jamais marché, et ce ne fut pas faute d'avoir essayé, à quinze ans j'étais complètement déconnectée, bonne pour la descente. Et puis il y a eu la philosophie. Cette discipline bizarre où on nous apprend qu'ouvrir les yeux fait avancer les choses, que rien ne s'oublie en les fermant. Un an de méthode aura suffit à ce que je reconnaisse enfin ceux qui me font souffrir. Un an pour ébranler le solide présuposé des parents aimant, de leur supériorité intellectuelle, un an pour s'éloigner de l'adolescence aussi afin d'éliminer l'hypothèse : "c'est l'âge", un an aussi pour le rencontrer, pour lui raconter ma vie en long et en large et à recevoir avec joie son avis, pas si différent du mien, du moins dans les grande lignes, et puis être un peu plus forte parce qu'amoureuse, plus accrochée du moins pour se décrocher d'une mère tout aussi malade mais tellement adorable.

En trois mots pour un premier regard : je suis bizarre.

Oui mais heureuse.

Et quand j'entends mon père dire au téléphone : elle est contente de ce qu'elle fait c'est le principal, j'entends le compliment "faire ce qu'elle souhaite" qui s'adresse malgré lui à moi, plus que d'autres sous-entendus. Parce que oui je prends ça comme un compliment, moi qui doutait de pouvoir diriger à bien ma vie.

Année prochaine, bonjour le travail, l'indépendance... les études ? curieusement j'en ai plus besoin mais j'aime toujours autant.

.

Appelons un chat un chat, je vis avec des malades manipulateurs.

Voilà à quoi je pensais dans un bus bondé ce matin, presque les larmes aux yeux, après avoir rembarré ce charmant garçon par simple réflexe.

Celà dit c'est bientôt fini. Je contredit un peu ma note précédente mais quelque part j'appréhende la remise en doute de tout ça, le terrible : "et après tout si c'était moi ?" ou "et si c'était que dans ma tête" dut à trop de divagations dans les principes à en oublier les illustrations, qui elle ne sont pas à remettre en cause.

Et mes révisions avancent maintenant à grand pas, mes cvs sont postés, je commence à repérer des coins sympas pas trop chers pas trop loin de Paris, il fait superbement beau, j'ai réellement besoin d'une paire de chaussures et l'Homme rentre dimanche.  

08.05.2008

Pause.

J'ai encore du mal à répliquer à chaque fois et à avoir le dernier mot quand j'ai raison, mais ça viendra.  Plus de choses sont désormais plus faciles et je me sens moins diminuée. Envoi (tardif certes) de mes cvs pour cet été, en particulier près de ma fac pour l'année prochaine sait-on jamais... J'ai un peu moins hâte qu'il rentre, sans doute parce que je n'espère plus son retour pour verser torrents de larmes sur ses épaules et angoisses dans ses oreilles. Juste l'envie de le voir, comme ça.

Ma fin d'année scolaire se limitera désormais à : partiels à réviser, amis à voir.

Et tout prend sens.

Je les déteste eux et seulement eux, et pas le reste de monde. Eux qui ne tournent pas rond dans un monde tellement plus logique en comparaison. Du moins si j'ai encore à destester, car peu a peu je m'éloigne de cette recherche d'amour, vaine, et l'indifférence m'embaume le coeur. Et je ne cèderais plus à leur caprices ou à leur phobies, pour ne plus moi-même à mon tour en perdre la raison, j'ai besoin de toute ma tête aujourd'hui plus que jamais pour avancer, pour mettre les voiles et poser le point final à toute cette enfance+adolescence désastreuse à leurs côtés. Tant pis pour le climat électrique qui règne maintenant ici. Hier je suis partie en courrant de peur qu'il me suive, mais je suis partie, en disant non. A la peur et la clope sur mes doigts qui tremblent s'est peu à peu apposée une nouvelle saveur. Le respect envers soi-même et la force qui en découle.

07.05.2008

Deuil, suite et fin.

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[On air : With or without you - U2, Daft Punk]

Une nausée pas possible ce matin, avec des hauts le coeur en descendant dans la cuisine. Finalement je me suis recouchée. Et rendormie. Et réveillée par une drôle de scène : mon père qui croyait que j'étais en cours déboule dans ma chambre et clame l'assiète pas descendue, le thé pas fini et les trois olives laissées dans un bol. Il hurlait alors que ma mère était à côté. Ensuite ils sont partis, j'ai entendu la porte claquer. J'ai pas réagit. Je me suis rendormie. Réveillée. Et j'ai pleuré, tout autant qu'hier soir, au moins une bonne heure.

J'ai enterré mes parents cette nuit.

Les idéaux et les véritables, ceux pour qui je ne suis qu'un médicament foireux.

06.05.2008

De l'eau.

C'est comme si j'avais entéré quelqu'un. Tout est sorti, de je ne sais pas où.

 

 

 

J'ai pas envie de partir. Je voudrais attendre encore, qu'ils changent.

 

 

 

(Lui est tellement vrai. Pourquoi est ce que mes parents sont ceux qui me mentent le plus?)

 

 

 

Ne pas partir. Oublier qu'ils sont malades. Espérer. Oui je voudrais espérer encore... 

05.05.2008

Ce qui est.

Je suis comme morte dans mon lit pendant deux heures. La lumière m'empèche de dormir mais je n'arrive pas à faire l'effort de fermer les volets. Quelques pensées aussi, dans un grand vide pesant. Peut-être que ne veux pas dormir en fin de compte. J'ai peur du vide comme tout le monde mais je fini toujours par y tomber, à trop vouloir vivre parfaitement, à être une étudiante studieuse, une jeune femme motivée... Je ne me permet pas les demi teintes tv-révisions, je n'accepte pas son aide, saisir l'aide est une chose que je rejette en premier lieu, je refuse... mais à vrai dire je dis non sans avoir étudié la question. J'ai peur qu'on me vole ma vie. J'ai peur de ne pas être vraiment capable pour tout. Je préfère monter puis m'effondrer, inlassablement, saigner à chaque fois pour être la meilleure au moins à des endroits. Je met la barre bien plus haute que celle qui conviendrait à une simple humaine. Or je suis une simple humaine. Osons le divertissement, les demi-teintes d'effort, osons se plaidre et demander un coup de main... j'ai envie de toucher à plus de choses, ma vie se résume à quelques capacités bien ancrés mais tellement faible en quantité, et un tas de choses que je n'ose pas faire où que j'ai délaissée, seule devant l'ampleur d'une tâche que j'ai vu par erreur revenant à ma seule charge.

Cette nuit j'ai révé qu'il me détruisait, sourire aux lèvres, avec des mots. En fait ce sont eux qui ont faillit détruire notre couple hier, à coup de mot. J'avais la garde baissé, j'ai répondu sentimentalement à leurs attaques absurdes. Pas de sentiments avec eux, juste de la logique... et ce sont eux qui sont alors déstabilisés : on n'emménage pas avec quelqu'un pour le surveiller, on emménage avec quelqu'un parce qu'on l'aime au point d'emménager avec lui, bien que ce ne soit pas le cas aujourd'hui, j'en envisage la possibilité plus tard, mais loin de là la suspission grandissante, au contraire c'est la confiance qui grandit peu à peu. Quand à mon corps, je suis consciente du risque, en tenant compte de la confiance et en supposant qu'il a aussi peur que n'importe quel Homme, il doit être à peu près égal à celui de me faire faucher par une voiture en traversant, il faut bien vivre. 

 

Empirisme.

... et sans doute ais-je fini aussi par me perdre de vue. Les yeux dans le vague dans le train, je m'apperçois que ce que je vais faire coincide assez bien avec ce que je veux faire. J'ai pas besoin d'études à rallonge pour un métier prestigieux, mais simplement d'arriver à me lever le matin et à partir avec un sourire au lèvres. J'ai pas besoin de faire plaisir à quelqu'un, simplement à moi.

C'est l'été. - 70 euros en shopping.

J'ai vu des magasins qui annoncent encore qu'ils recrutent. * petit espoir *. Et je ferais mon cv sans l'homme, tant pis pour la présentation - de toutes façons je postule pas dans les banques. 

Mes deux heures de cours ce matin m'ont tué. J'ai plus l'habitude. Peut-être plus la motivation, ce matin du moins.

Et j'avais prévu une associabilité épouvantable qui n'a pas eut lieu. Angoisse exagérée. Et puis la classe tout aussi silencieuse - ça doit réviser sec le soir -, et l'été qui me vaut plusieurs regards, ça aide.

...

Je crois que la peur d'exister a presque disparut au profit de la peur de disparaître. Tant mieux.   

04.05.2008

(En guise de première note.)

Il est vingt-trois heures douze, demain réveil à six heures quinze, j'ai passsé ma journée sur l'ordinateur. J'ai pas envie. C'est pas les cours qui me tracassent mais de voir les gens. C'est peut-être que c'est trop tard maintenant pour s'affirmer. Imagine "bonjour je te croise depuis le début de l'année mais je ne te parle que maintenant". J'avais pas envie. En même temps c'est un peu toujours la même chose. C'est qu'en vérité il me faut une sacrée dose de courage pour imposer ma différence... une sacré dose que je n'ai pas. Et c'est pas la différence le problème, c'est le courage, et même plutôt cette idée qu'il faut du courage, cette idée d'éffort. Le plaisir d'échanger vient très tard chez. J'ai tellement honte d'exister.
Alors je vais m'assoir, prendre le cours et m'en aller, sans mot. Répondre brièvement si on me parle, poliment, je peux sourire aussi, mais pourvu que l'échange ne dure pas. Qu'on m'oublie vite si on m'a remarqué, j'ai tellement honte d'exister.
J'imagine que plus tard ce sera plus facile, j'imagine. Dans mon sept metre carré j'aurais pas peur d'être moi. Je sourirais la bouche grande ouverte et hurlerais le nom des voisins par le balcon. Je ne serais pas une fille discrète. J'ai de la vie à revendre.
J'imagine. Et j'imagine que comme ça. Que plus tard. Parce qu'aujourd'hui exister dehors pour devoir disparaitre tous les soirs en rentrant c'est trop dur.

Je ne sais pas ce qui me dégoute le plus. Mon attitude où la leur. Dressage tyranique qui a tranquilement duré une vingtaine d'année. Pas de place un autre modèle que le leur. Je me sens comme un animal. Un animal qui a été heureux. 

Et là bien sur je vais finir par relativiser, les comprendre et me comprendre. Mais les faits restent là. Je suis dégoutée et ils m'enchaînent tendrement. Mais j'ai peur.

J'ai peur comme il m'ont si bien appris.

Cercle viscieux.

Comment fuir des gens qui font toute notre vie sans tomber dans le vide?

... 

Comment s'accorcher doucement à autre chose sans éveiller leur colère?

...

S'accrocher brutalement? Risquer un autre maître...

 

 

Je vais les aimer, lui, elles, eux, de tout mon être, juste le temps de partir.

Au moins certains comprendront.